Apprendre à Conduire – Partie 1 – “Regardes où tu vas car tu vas où tu regardes”

Utiliser le fonctionnement du cerveau pour atteindre nos objectifs naturellement

La conduite automobile, ou de tout autre véhicule dirigé à l’aide d’un volant, guidon ou autre instrument similaire, nous apporte des éléments clés sur le fonctionnement de l’unité corps/esprit. Pour atteindre nos objectifs naturellement, nous y trouverons des références, des clés très utiles à la “conduite” de n’importe quel projet. Conduire un véhicule met en effet en jeu un ensemble de structures sensorielles et motrices qui devront fonctionner de façon cohérentes et coordonnées. Par commodité, nous prendrons ici en référence la conduite automobile mais, encore une fois, tout ceci s’applique tout autant au vélo, à la planche à voile, etc …

Lorsque nous apprenons à conduire, le moniteur (la monitrice) devra assez vite nous recommander de ne pas regarder le trottoir, mais de garder au contraire le regard au centre de la chaussée, dans la direction de notre déplacement. Il s’agit d’une instruction fort simple mais cruciale car, en effet, si nous regardons le trottoir, nous irons irrémédiablement en direction du trottoir… Ceci est, bien entendu, d’autant plus vrai que nous sommes conducteurs débutant. Néanmoins, ceci demeure valable même pour un “pilote chevronné” !

Ce phénomène, curieux à observer, est lié à l’organisation de notre champ visuel et à ses relations avec les structures motrices de notre cerveau. Pour faire simple, nous pourrions dire que notre champ visuel peut être divisé en trois grandes zones :

1- Une zone centrale, là où nous focalisons le plus clair de notre attention, là où se pose notre regard. Nous sommes généralement conscients de ce qui s’y trouve (à moins que nous ne soyons “dans la lune”). Il s’agit  également de la zone de la lecture.

2- Une zone intermédiaire. Nous voyons ce qui s’y trouve et pourrions nous en souvenir si besoin. Nous y discernons encore les symboles et les couleurs.

3- Une zone périphérique, à la limite externe du champ. Nous n’avons généralement que peu conscience de ce qui se trouve dans cette partie du champ visuel, à moins qu’il ne s’y produise quelque chose d’inattendu. En effet, nous y percevons encore le mouvement surtout s’il est brusque et, comme indiqué juste avant, inattendu. Hors mouvement, il peut être relativement difficile de se souvenir de que nous avons vu dans cette partie du champ. L’information a bien été enregistrée mais n’est, le plus souvent, pas consciemment accessible.

Représentation schématique de notre champ visuel horizontal

Représentation schématique de notre champ visuel horizontal

 

Les angles ne sont ici donnés qu’à titre indicatif. Ils varient en effet, plus ou moins, en fonction des individus, et des circonstances (de la vitesse ou du stress notamment).

 

Au delà de l’attention et de la mémoire, ces différentes zones du champ visuel interagissent de façon différentes avec les structures motrices de notre cerveau. Nous somme en effet “câblés” pour avancer dans la direction de ce que nous regardons. C’est l’une des raisons pour lesquelles il est si important de respecter les distances minimales de sécurité entre deux véhicules, notamment à grande vitesse.

L’information de l’automobiliste qui freine devant nous devra, en effet, passer de nombreux “filtres”, y compris ceux du conditionnement à aller dans la direction de ce que nous regardons. Il y a donc un temps de retard, un délai à la réaction relativement important. C’est pour la même raison que, dans une descente rapide en vélo tout terrain (VTT), il est recommandé de ne surtout pas fixer du regard les arbres et autres obstacles que l’on souhaitera éviter. Le risque étant de ne pouvoir s’empêcher d’aller à leur rencontre ! Il faut donc rester concentré sur la piste à suivre.

 

 

Paradoxalement, si un véhicule, ou un piéton, s’engage brusquement sur la chaussée, venant sur le côté, nos réflexes et automatismes se mettent en route plus spontanément. Le retard à la réaction est ici significativement moins important. Qu’est-ce que ça veut dire ? Si le danger vient de face, de là où nous focalisons notre attention, nous réagissons moins efficacement que s’il vient de la périphérie de notre champ visuel. Il s’agit d’un phénomène fascinant que je vous invite à observer.

Il faut néanmoins noter que plus la vitesse augmente (plus le stress augmente) plus le champ visuel se rétrécit. D’environ 180 degrés à l’arrêt ou au pas, il n’est plus que de 60 degrés à 80 km/h ! Nous en avons donc perdu les deux tiers !! Les capacités d’adaptation aux dangers venant de la périphérie s’en trouvent alors extrêmement diminuées, d’où l’importance d’utiliser très régulièrement les rétroviseurs. Les effets du stress sur nos perceptions sensorielles mériteraient un (ou plusieurs) article(s) spécifique(s).

 

 

 

Nous noterons qu’à aucun moment il ne s’agit de nier l’existence du trottoir et autres obstacles. Il faut au contraire être très conscient de là où ils se trouvent. Il y a néanmoins une vrai différence entre être conscient de quelque chose et focaliser son attention dessus.

 

Quelles conséquences dans notre vie quotidienne ? Il se trouve que les mêmes mécanismes sont à l’œuvre en dehors du contexte de la conduite d’un véhicule. Le contexte de la conduite ne fait qu’amplifier le phénomène, le rendant plus facile à percevoir. En réalité, dans notre vie de tous les jours, nous avons des objectifs, des tâches à accomplir, des rêves même ! Nous faisons peut-être aussi l’expérience de peurs, de freins à la réalisation de nos objectifs, d’obstacles de toutes natures …

Nous réagissons vis-à-vis de ces situations exactement comme dans le cadre de la conduite d’un véhicule. Les obstacles et autres peurs sont alors comparables au trottoir et notre objectif, au point que nous fixons sur la route à suivre. Nous avons, pour la plupart, été conditionnés à consacrer beaucoup de temps et d’énergie à nous focaliser sur ce que nous préférerions éviter : anxiété, inquiétude, scénario catastrophe répétés en boucle, … Tout ceci se produit, le plus souvent, sans que nous ayons l’impression de pouvoir y faire grand chose.

En réalité, s’inquiéter aide rarement à améliorer une situation, quelle qu’elle soit. Bien au contraire, cela va possiblement précipiter la “catastrophe” tant redoutée. Par ailleurs, même si nous arrivons à nous en sortir, cela nous aura coûté très cher en stress et donc en perte de vitalité.

La raison de cette erreur collective de gestion de nos ressources est que nous n’avons pas appris à conduire notre premier véhicule (et de loin le plus important) : notre cerveau/esprit. Celui-ci a une tendance innée à chercher un objet sur lequel se focaliser. Cela ne préjuge pas de la qualité ni de l’intensité de cette focalisation. Consciemment ou pas, notre esprit cherche en permanence un objet d’attention. En simplifiant quelque peu, nous pourrions dire que, faute de savoir sur quel critère se baser pour définir correctement un objectif, ce dernier reste vague ou décrit de façon inadéquate. Le danger, ce qui nous fait peur, ce que nous souhaiterions éviter, est par contre bien présent, du moins en terme de ressenti. C’est donc spontanément que nous aurons tendance à rester focalisés sur ce dont nous souhaitons nous éloigner.

S’il est important de savoir clairement “où se trouve le trottoir” (ce que nous souhaitons éviter) il est tout aussi important de le laisser ensuite en périphérie de notre champ visuel (ne plus y penser consciemment une fois que nous l’avons clairement défini). Nous pourrons alors focaliser notre attention sur l’objectif à atteindre, le résultat final de la tâche à accomplir ou le rêve à réaliser.

Encore une fois, la raison pour laquelle nous ne le faisons pas spontanément est que nous n’avons pas appris à fonctionner selon notre nature, mais selon des croyances et autres conventions sans lien réel avec notre physiologie.

 

Alors concrètement, si vous avez un projet, une envie, une idée à réaliser :

1- Clairement définir le “trottoir”. Pour ce faire, l’article précédent (Pourquoi et comment clarifier ce qui nous freine ?) propose une méthode très simple et efficace que je vous propose de mettre ici en application. Il s’agit donc de définir et de clarifier ce qui nous effraie, ce que nous souhaiterions éviter, etc. L’exercice proposé dans l’article cité en référence pourra donc être utilisé en remplaçant “ce qui nous effraie” (dans la proposition de départ “Et si …” ) par le projet quelqu’il soit. Dans la première colonne de la première page,nous pourrons donc lister tout ce que nous redoutons ou souhaiterions éviter. Le reste de l’exercice ne devrait pas présenter d’ambiguïté quant à son exécution.

Fort de cette nouvelle clarté nous pourrons maintenant, plus aisément, laisser cela dans un coin de notre tête (en périphérie du champ visuel). C’est en effet lorsque ce que nous souhaitons éviter se trouve en périphérie de notre champ visuel que nous sommes le plus à même de nous y adapter et de réagir efficacement en cas de besoin. Par ailleurs, cette clarification permet d’abaisser significativement le niveau de stress associé. Or nous avons vu plus haut que lorsque le stress augmente (comparable à une augmentation de la vitesse du véhicule) le champ visuel (ce dont nous avons conscience) se réduit considérablement. Nous sommes donc bien plus en sécurité lorsque nous ne sommes pas focalisés sur ce que nous ne souhaitons pas voir arriver, mais que nous avons néanmoins des idées claires sur le sujet, diminuant d’autant le niveau de stress associé.

2- Clairement définir notre “destination”. L’art de définir efficacement un objectif pourrait se résumer de la façon suivante : Un objectif correctement formulé nous donne de l’énergie, nous nous sentons portés rien que d’y penser ou en y travaillant. L’idée, le projet, nous nourrit, nous avons à la fois plus de vitalité et de tranquillité après y avoir pensé, ou y avoir travaillé, qu’avant.

Quand l’objectif est bien formulé, il est plus facile d’être spontanément Présent, ici et maintenant, en y pensant. Un objectif mal formulé ou avec lequel nous ne serions pas réellement alignés nous demande d’y mettre de l’énergie pour que les choses avancent.

En d’autres termes nous surfons ou nous ramons pour y arriver. Nous y reviendrons plus en détail dans le prochain article.

3- Garder son attention focalisée sur l’objectif (la destination) en restant ouvert à ce qui se passe dans l’instant, dans notre environnement. Si des pensées (ou émotions) contrariantes apparaissent, nous prendrons le temps de clarifier ce que nous ressentons et mettrons à jour notre définition du “trottoir” en revenant au 1-. Il sera donc extrêmement utile de refaire les exercices du 1- et 2- régulièrement, afin d’éliminer les pensées/émotions polluantes et de rester spontanément alignés avec notre objectif. Ce dernier pourrait, en effet, évoluer dans le temps, s’adapter à de nouvelles circonstances, s’affiner au fur et à mesure de notre évolution personnelle, etc…

Tant que nous restons clairement focalisés sur la destination, tout en étant ouverts à ce qui peut survenir en “périphérie”, nous sommes assurés d’avoir un cheminement fluide. Il pourra (c’est à peu près certain) y avoir des obstacles et autres contretemps, mais ils seront proprement métabolisés. Ils ne seront donc pas vécus comme des “problèmes” mais comme des invitations (quelques fois péremptoires !) à revoir notre “trajectoire”, notre “mode de conduite”, ou à adapter notre itinéraire.

 

 

  • Albin dit :

    Quel article épatant ! Tout prend sens, c’est vraiment génial. Autrefois, je me posais très souvent la question “suis-je aligné à mon objectif ?”, mais je n’avais pas vraiment de bon repère pour y répondre. Et avec justement les repères profonds qui ont été mis en place dans les premiers articles, la réponse à cette question est maintenant de plus en plus logique. Ces repères énergétiques sont profond et certains, non basé sur mes croyances ou mes opinions, mais bel et bien sur mon degré d’alignement avec la Source Originelle, c’est à dire Moi-même.
    Un grand merci,
    Albin

    • lesartsvitaux dit :

      Merci Albin ! Surtout continues à t’entrainer !

  • […] Dit autrement, et pour reprendre la très inspirante analogie proposée par Ngub Nding dans son article Regardes où tu vas car tu vas où tu regardes : […]

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